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Hommage à notre Beaujolais nouveau

Par Frédéric Pie

Publiée par Valérie quenioux le 02/12/2014 18:06

À cette heure-là et avec autant de sagesse dans un verre,
cela vaut bien une messe !

 

Mon Cher Bruno,

 

Message à mon ami Bruno Quenioux qui m’a fait découvrir le vigneron Jean-Paul Brun et son inénarrable Beaujolais Nouveau. Un bijou de velours et de magie qui jette un Tsunami d’amnésie sur tous les joailliers de la place Vendôme. Son beaujolais nouveau, dont les stocks se sont évaporés aussi rapidement que des billets gratuits pour un dernier concert des Rolling Stone. C’est normal, il y a du Rock’n’roll dans ce vin magique qui devrait surtout porter un autre nom que « Beaujolais Nouveau », tant ce dernier est galvaudé et massacré par des décennies de viticulteurs opportunistes et d’apprentis sourciers. Je l’appellerai désormais Rolling Grapes !

 

Mes quatre poètes préférés sont René Char, Joë Bousquet, Christian Bobin,

Et puis, beaucoup plus récemment, il y a Jean-Paul Brun. Un poète qui s’ignore. Un homme du cep comme les précédents furent ceux du verbe. On déclame leurs vers et on enfile ses verres. Il produit des nectars en un terroir oublié et malmené par l’à-peu-près et par des décennies de productivisme. L’ami Jean-Paul ne fait pas du vin, il le tisse, le sculpte, y dépose tous ses espoirs et sa science alchimiste pour pouvoir ainsi transformer le fruit en fraternité, le jus en rire. Il est le vicaire poétique du beaujolais, un archevêque qui a proposé à Dieu de se déguiser en cubitainer de Bibovino.


Farceur et taquin, Dieu a indubitablement accepté ce rôle désopilant. Il nous livre ainsi à chaque nouvelle gorgée gouleyante, avec une finale poivrée, la prophétie du bonheur et l’ivresse de l’amitié. Cette cuvée est bien nommée : Terres dorées. Deux mots pour dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Je jure que c’est divin !
 

Il paraît qu’il y du calcaire et du schiste dans ce vin. J’avais cru y discerner du rubis écarlate et du diamant brut. Il y a sans nul doute de l’inaltérable et du séculaire, du vivace et du prolixe, du savoureux et de la joie.


Certains poètes écrivent en prose et d’autres des vers de douze pieds. Jean-Paul brun, faisant fi de siècles de littératures, lie ses ramures de vignes, fait sarment de nous abreuver d’un bonheur nouveau et compose d’un seul pied le plus beau des verres : Tchin !

 

Frédéric Pie

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