01 43 37 13 47

The wine philosopher-prophet

Parue dans Jerusalem Post

Publiée par Adam Montefiore le 11/12/2014 15:21

et la traduction :

Le prophète-philosophe du vin

 

 

J’ai été ravi d’avoir eu l’opportunité de rencontrer Bruno Quenioux, qui est peu connu en dehors de France, mais dont l’influence s’est répandue dans le monde du vin. C’est un « terroiriste », ce qui veut dire qu’il aime traduire le terroir, le sens de l’endroit,  dans le goût des vins. Il est un gourou pour beaucoup de producteurs français.

J’ai rencontré un homme pimpant, strictement vêtu, légèrement tendu et réservé. Seuls ses yeux étincelants trahissent le feu de son âme. Quand il se met à parler, vous commencez à comprendre ; c’est un croisé contre la globalisation du vin.

La globalisation, c’est cette maladie contagieuse qui fait que des vins de différentes parties du monde ont le même goût, d’où qu’ils viennent.

Sur-maturation, haut degré d’alcool, sur-utilisation du bois en sont les symptômes. Il compare ces vins modernes à une sculpture créée à partir de rien, à l’opposé du travail d’un tailleur de pierre qui révèle ce qui existe : le vignoble, le climat et le cépage.

Quenioux est né dans la vallée de la Loire, en plein vignoble, dans une famille d’agriculteurs. Il connaissait donc la vigne et le vin, mais c’est une bouteille de Bourgogne qui a frappé son esprit : un Corton 1976 qu’il décrit comme une rencontre magique, une expérience quasi religieuse ; sa vocation était née.

La clef de son message  est que l’apprentissage du vin, tel qu’il est pratiqué, est un fléau dans le sens où il apprend à goûter et analyser le vin avec son cerveau, au lieu de nous encourager à le faire avec notre cœur.

Il pense que les vins modernes ont des saveurs pornographiques,  alors qu’elles ne devraient être qu’érotiques. Il veut ramener de la spiritualité dans le plaisir du vin. D’après lui, l’essence même du vin a été anéantie par les notes de dégustation, qui en ont tué la spiritualité et la convivialité.

Cela ne veut pas dire qu’il réfute toute approche scientifique ; il a utilisé la science pour affûter son approche, pour comprendre comment donner le meilleur d’un vignoble, et il a beaucoup appris en étudiant la culture du vin de la Grèce ancienne et de la Bible.

Il a été sommelier d’une des plus grandes caves de Paris, pour être ensuite recruté pour diriger la cave de Lafayette Gourmet. Il y a du paradoxe chez cet homme de la terre, passionné comme un prophète, à travailler pour l’un des symboles du luxe parisien.

Il a néanmoins réussi à influencer une génération de vignerons à revenir à leur terroir. Il devint leur gourou, et leur fit une place dans ses rayons pour présenter leurs vins « pour encourager les autres ».

Il ne considère pas la culture bio ou la bio-dynamie comme une fin en soi, mais il croit en les deux pour révéler l’essence d’un terroir. Les vins technos, clean, stériles, ne sont pas pour lui.

Il recommande de goûter le vin les yeux fermés, et de le mâcher doucement au lieu d’y mélanger de l’air comme on nous a dit de le faire ; il vous incite à garder le vin en bouche et seulement après vous dit d’où il vient. Une note de dégustation est pour lui une approche poétique, plutôt que le contenu d’un panier de fruits. Il ne vous parlera pas de fruits de la forêt, de baies et de cerises. Il veut que le vin soit moins complexe, avec moins de cérémonies mais plus de pur plaisir.

 

Il pense que la clef est le choix de cépages adaptés au terroir. Par exemple, il ne pense pas que le Cabernet Sauvignon soit adapté à Israël, ni d’ailleurs la Syrah. Il suggère plutôt le Carignan et le Cinsault, adaptés à un climat chaud et sec. Il est vrai que le Carignan a été le pilier du vignoble israélien pendant 130 ans, et grâce aux domaines Carmel, Recanti et Vitkin, il connait un regain depuis une dizaine d’année. Le Cinsault a été à l’origine planté en Israël dans les années 1880, mais a disparu depuis longtemps. Mais pas très loin, au Liban, il devint l’un des cépages les plus plantés.

Quenioux ne connaît pas bien Israël mais il est curieux d’en savoir plus.

Il pense que le Golan est une région de qualité. Les vins de Yarden et Castel ont été présentés à Lafayette Gourmet à plusieurs occasions. Il a goûté récemment le Chenin Blanc produit par le domaine Sea Horse, qui lui  rappelle son chez lui : le Chenin Blanc est en effet à son meilleur dans la vallée de la Loire.

Il était en Israël pour le lancement de la première boutique BiBoViNo ouverte à Tel Aviv, un concept lancé par trois entrepreneurs français. Du vin en Bag In Box.

Il y a des années, le vin en Bag In Box était le pire que vous pouviez acheter.

Carmel en vendait une boite de trois litres il n’ y pas très longtemps.

 Mais la technologie s’est beaucoup améliorée, et les consommateurs les plus jeunes sont moins coincés avec cette idée d’une bouteille en verre avec un morceau d’écorce d’arbre comme bouchon.

Quenioux a nombre de protégés qui font des vins hautement personnels en suivant son credo : une contribution égale du terroir, du vigneron et du climat au résultat final, alors que le plus souvent c’est le vigneron et les techniques de vinification qui dominent.

La carte des vins de BiBoViNo est le fruit de sa sélection.

Tous les vins sont présentés dans des box de trois litres, d’un mauve brillant.

Je lui ai demandé comment des packaging identiques pouvaient véhiculer les individualités qu’il veut exprimer.

La réponse était prête : toute l’idée est là, laisser parler vin et non son packaging.

« Ignorez son apparence, ne commencez pas par chercher les cépages, appréciez le vin, c’est tout »

 Les vins vous emmènent pour un tour des régions de France. La plupart seront nouveaux pour un consommateur moyen. Leur prix oscille entre 50 à 100 Shekels pour l’équivalent d’une bouteille. Un Bib peut se conserver jusqu’à quatre, voire  six semaines.

Bruno Quenioux est scotchant, le concept est intéressant et innovant ; si vous êtes curieux, allez voir par vous même, 48 Ibn Gvrirol Street, Tel Aviv. Vous pourrez goûter avant d’acheter le vin de votre choix.

Les vins ne sont pas casher, mais BiBoViNo souhaite introduire dans sa gamme quelques vins casher.

Si vous souhaitez manger un morceau avec votre verre de vin, la salade niçoise est un festin pour les yeux…je vous recommande aussi les harengs Matjes.

Le french chic en plein Tel Aviv. A votre santé !

 

 

 

 

Les dernières parution